vendredi, janvier 23, 2026
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Pourquoi Paris accueille l’eSport dans le cadre de sa stratégie culturelle

Une large audience, de grandes scènes, mais des structures parfois lacunaires : Paris fait donc de l’eSport une affaire municipale. Avec le soutien politique, la métropole se positionne comme la nouvelle puissance européenne dans le domaine du jeu vidéo compétitif.

Le secteur de l’eSport repose sur un paradoxe. Bien établi et reconnu mondialement, il reste toutefois fragile financièrement. Paris pense pouvoir changer cela : rendre l’eSport visible. Tangible. Et l’ancrer dans tout le paysage urbain.

Avec des communautés passionnées, principalement numériques, au centre, l’eSport vit principalement sur des plateformes en ligne, tout en aspirant à une interaction physique : convaincre les investisseurs, les parties prenantes et les institutions de ce secteur reste un défi. Même si la portée ne cesse de croître.

Les grands événements internationaux nécessitent une vision, des infrastructures et une volonté politique, des qualités que peu de villes revendiquent pleinement. Et ce, malgré le fait que le marché mondial de l’eSport soit estimé à plus de 2,1 milliards de dollars en 2024, selon Grand View Research.
Paris ne craint pas cette complexité. La ville la relève.
« En France, on compte près de douze millions de consommateurs et/ou de joueurs d’e-sport », déclare Pierre Rabadan, adjoint à la maire de Paris Anne Hidalgo en charge des sports et président de l’office du tourisme Paris je t’aime.

Dans un pays qui compte environ 68 millions d’habitants, cela signifie que plus d’une personne sur six est en contact avec l’eSport. Selon M. Rabadan, ces consommateurs et joueurs représentent « 23 % des internautes âgés de 15 ans et plus », ce qui fait de la France l’un des principaux marchés de l’eSport en Europe.

Cette participation confère à l’eSport un poids culturel comparable à celui des sports classiques. Elle explique également pourquoi Paris est toujours le choix numéro un pour les grands tournois internationaux.

La Ville Lumière s’est toujours considérée comme un carrefour entre culture et innovation. L’e-sport est l’une des manifestations les plus récentes de cette ambition : l’organisation d’événements e-sportifs s’inscrit donc dans la continuité logique d’une longue tradition d’accueil de grands événements mondiaux.

« L’objectif est de faire de la capitale un lieu de premier plan dans ce secteur et de s’imposer comme la référence européenne en matière d’e-sport », déclare M. Rabadan.

Cette perspective est également influencée par le rôle de premier plan joué par M. Rabadan dans l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Selon le responsable des sports, ceux-ci auraient souligné la capacité de la ville à « accueillir des événements sportifs de grande envergure ». Paris se retrouve ainsi inévitablement au centre de l’attention pour d’éventuels futurs Jeux olympiques d’e-sport.

Après avoir mis fin à son partenariat avec l’Arabie saoudite, le Comité international olympique (CIO) « explore actuellement une nouvelle approche et un nouveau modèle de partenariat ». Cela pourrait ouvrir une fenêtre pour des villes comme Paris, qui pourraient apporter leur expertise et éventuellement devenir elles-mêmes hôtes.

« La question des Jeux olympiques d’e-sport relève avant tout du Comité international olympique », explique M. Rabadan. « Mais Paris serait bien sûr ravi d’accueillir cet événement, à condition que le concept soit compatible avec les valeurs de la ville. »

Une task force dédiée aux candidatures pour les événements d’e-sport

Cette image de soi montre que l’e-sport à Paris n’est pas seulement une réponse à l’intérêt du public. Il est soutenu par une politique locale et nationale forte, qui apporte la volonté, les ressources et la coordination nécessaires pour réaliser des candidatures ambitieuses. Cela garantit avant tout l’implication d’une communauté jeune et très connectée, tant sur place que sur le plan numérique. Une approche qui suit des structures délibérément créées.

En mai 2023, la ville de Paris et l’office du tourisme Paris je t’aime ont créé leur propre groupe de travail afin de soutenir de manière ciblée les candidatures pour les grands événements eSport. Selon M. Rabadan, ce réseau rassemble des exploitants de sites, des représentants du secteur, des partenaires hôteliers et des institutions publiques. L’objectif : offrir une aide concrète aux organisateurs, qu’il s’agisse de sites emblématiques, d’hébergements, de zones réservées aux fans ou d’activations à l’échelle de la ville. Le nombre de visiteurs montre que ces mesures sont efficaces.
« Les grandes compétitions d’e-sport à Paris attirent un nombre de spectateurs comparable à celui de nombreux événements sportifs classiques en salle, avec des taux de fréquentation élevés, en fonction de la popularité des jeux », explique Rabadan. « Par exemple, le Counter-Strike Major 2023 a attiré 50 000 spectateurs à l’Accor Arena. »

Pour mettre les choses en perspective, cela correspond à près de 70 % de la capacité du stade olympique de Berlin, où la finale de la Coupe d’Allemagne 2024/25 s’est déroulée devant environ 74 000 fans.

Si les événements sportifs classiques atteignent des chiffres similaires sur place, l’eSport présente un facteur supplémentaire :
un public numérique « massif », « souvent nettement plus important » que pour les sports traditionnels. Rabadan cite l’exemple des 1,5 million de spectateurs simultanés lors du CS:GO Major 2023 à Paris.
C’est précisément cette double portée qui change la donne pour les villes hôtes.

Comme le reconnaît Rabadan, il n’existe actuellement aucune donnée fiable sur l’impact économique des événements eSport. Mais le gain d’image est indéniable. Chaque grand tournoi renforce « considérablement la visibilité internationale de Paris » en tant que métropole tournée vers l’avenir et particulièrement attractive pour les jeunes publics connectés.

Dans le même temps, le manque de régularité de nombreux événements eSport rend difficile la mise en place de partenariats à long terme, explique M. Rabadan. Contrairement aux ligues fixes ou aux systèmes de franchise, les lieux et les périodes changent fréquemment. Cela rend la planification complexe. Néanmoins, Paris est « très engagée » dans la mise en place de coopérations durables avec les organisateurs, souligne le responsable des sports.

« Nous avons par exemple mis en place, en collaboration avec Riot Games, un système de billetterie sociale qui a permis à 340 jeunes d’assister gratuitement à la finale du Valorant Champions en octobre dernier. De plus, des fauteuils de gaming ont été donnés à la Maison de l’Esport après l’événement », explique M. Rabadan.

L’eSport s’inscrit parfaitement dans la volonté de Paris non seulement d’accompagner le changement culturel, mais aussi de le stimuler. En considérant le jeu vidéo compétitif comme un divertissement et une pratique sociale, la ville consolide son statut de métropole sportive mondiale moderne. Elle comprend que l’avenir des événements est aussi bien numérique que physique. Et aussi inclusif que divertissant.

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